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Salut Tengo ! On avait eu la chance de te voir sur la scène d’un New Morning plein à craquer lors de la 3ème édition du Scred Festival où tu avais retourné la salle avant de récidiver quelques jours plus tard au festival Hip-Hop Is Red sur la scène du FGO Barbara. Peux-tu me parler un peu de ton parcours et de la façon dont tu es venu à la musique en général puis au rap en particulier ?

J’ai commencé à écrire mes premiers couplets vers 16 ou 17 ans durant les heures de colle au lycée. A l’époque, je ne réfléchissais pas encore en termes de prods, c’étaient surtout les textes qui m’intéressaient. Je n’étais pas forcément dans les temps, ce n’était pas encore tout à fait ça. Au début je prenais ça comme un loisir et c’est au fur et à mesure que j’ai kiffé de plus en plus et que je suis totalement tombé dedans, jusqu’à me dire que je voulais en faire quelque chose de plus sérieux.

Plus petit, je chantais mais je ne rappais pas et à 14 ans, j’avais écrit quelques poèmes, des trucs de gamin. Mais le rap et le fait d’écrire régulièrement, c’est vraiment venu en fin de collège et début de lycée. Et en première, j’ai fait mes premières séances studio, ça a été le déclic.

 

 

Tu viens de sortir ta mixtape « Multicolore » le 13 Avril dernier. Avec quels producteurs as-tu travaillé sur ce projet ? Comment l’as-tu abordé en termes de sonorités et de collaborations ?

« Multicolore », c’est une mixtape de 18 titres parce que je ne me sens pas encore être prêt à passer le cap de l’album. J’ai enregistré beaucoup de morceaux afin d’avoir une palette assez large. J’avais déjà sorti 3 extraits avant la sortie du projet. C’est un peu ma carte de visite, comme la palette d’un peintre où il y a toutes les couleurs qu’il utilise.

Globalement, je suis parti sur des sonorités assez modernes, à l’exception d’une ou deux prods qui se rapprochent plus du boom-bap. Comme j’ai gardé 18 titres, c’est vraiment très varié et encore, on en avait enregistré 25. Au niveau des producteurs, j’ai bossé avec LaSmoul, qui est aussi mon DJ sur scène, Piège, un autre beatmaker qui gravite autour de nous, Trackworks, un beatmaker de Marseille et Don Dada. Népal de la 75ème session et Sheldon ont aussi chacun fait une prod. Sur « Tortank » on retrouve aussi Yaska, qui est un mec de Montréal.

 

 

Ton rap est très marqué par l’ego-trip et par les références culturelles asiatiques d’une part (One Piece et autres mangas) et américaines d’autre part (The Wire et autres films et séries). Comment expliques-tu cette polarisation de ton univers artistique ? As-tu déjà eu l’occasion de te rendre en Asie ou aux Etats-Unis ?

Ce sont les deux pôles culturels dominants sur la planète actuellement et je dirais même que je me rapproche plus, sur le plan spirituel, du pôle culturel asiatique. Je n’ai jamais été aux Etats-Unis mais j’ai eu l’occasion de voyager un peu en Asie, en Thaïlande et plus longuement à Hong-Kong puisque mes parents ont un ami qui vit là-bas. C’est un continent que j’aimerais apprendre à mieux connaître et qui m’attire énormément.

Au niveau de l’écriture, tu abordes aussi des thèmes nouveaux sur ce projet et ta proposition semble avoir évolué.

C’est là encore très varié comme le nom du projet l’indique. Il y a des sons tristes, introspectifs, d’autres qui parlent d’amour, d’autres encore dans lesquels j’aborde des périodes de ma vie plus compliquées ou qui parlent de mes colères, de mes indignations vis-à-vis du monde dans lequel on vit.

Le titre « Printemps » est sans doute le plus marquant pour moi, celui qui me tient le plus à cœur.

 Est-ce que tu te considères comme un artiste engagé ? Pour toi, le rap doit-il nécessairement l’être ?

Je ne crois pas que le rap doive nécessairement être engagé. C’est une forme d’art comme une autre et l’art ne doit pas nécessairement être engagé. Quelque chose peut être beau ou si on parle de musique, agréable à écouter sans pour autant être engagé. Si après on peut y ajouter un message tant mieux, mais ce n’est pas le but premier. Le but premier, c’est de faire de la bonne musique.

J’essaie toujours de porter un message, même dans les sons plus « ego-trip » où je parle de mangas, de fictions, de trucs qui ne sont même pas dans la réalité. J’essaie toujours d’y apporter une part de réel, d’insérer une critique sociale ou politique. Par exemple, dans « Trois Sabres », j’ai une line sur Emmanuel Macron où je fais clairement comprendre que je ne suis pas du tout d’accord avec sa politique et avec un gouvernement dont la seule préoccupation est de favoriser les plus riches. Je pense qu’on est bien loin du scénario idéal.

Quand bien même je ne me considère pas comme un artiste « engagé » à proprement parler, mais simplement comme un artiste, je trouve important de m’exprimer sur les sujets qui moi me parlent. J’aurais préféré avoir au pouvoir quelqu’un d’autre qu’un ultra-libéral, capitaliste et banquier comme Macron.

 

 

Quels sont les 3 artistes qui influencent le plus ta musique, en rap et hors rap ?

Les 3 artistes de rap français qui m’ont le plus influencé, ce sont la Scred Connexion, Espiiem et son premier groupe « Cas de Conscience » avec l’Etrange, Fils Prodige et l’Homme de l’Est qui ont été très importants, et aussi Nekfeu avec Jazzy Bazz, l’Entourage… Ce sont plutôt des groupes en fait, les groupes qui les entourent.

En-dehors du rap, je dirais le chanteur de jazz Nat King Cole, la chanteuse française Barbara et j’adore aussi Billie Holiday ou Sade.

 Que penses-tu du paysage rap francophone aujourd’hui ? Ecoutes-tu aussi du rap américain ?

Yes à fond ! J’écoute les deux. Je pense qu’il y a eu l’âge d’or dans le rap français et qu’aujourd’hui on est passé à l’âge de diamant qui est encore plus fort parce qu’il y a beaucoup plus de diversité, beaucoup plus d’identités, d’univers, d’artistes… Toute cette diversité amène une émulation, une plus grande créativité et une plus grande compétition entre eux. Aujourd’hui, on vit clairement pour moi la meilleure période du rap français et peut-être que ce sera encore mieux demain et qu’on ne parlera plus d’âge de diamant mais d’âge de platine ! Je trouve que ce qui se passe est extraordinaire et j’ai l’impression que ça ne peut aller que de mieux en mieux.

Aujourd’hui, de plus en plus de rappeurs ont plusieurs casquettes et se lancent dans d’autres domaines artistiques tels que la mode, la production, le beatmaking. Est-ce dans tes projets ?

Tout à fait ! J’aimerais beaucoup faire du cinéma ou du jazz. Peut-être qu’à 40 ans, j’aurai un groupe de jazz anonyme avec des potes et qu’on fera les bars d’Amérique du Sud. Je n’en sais rien mais ça serait un kiff !

Puisque tu me parles de cinéma, peux-tu me citer 3 réalisateurs qui t’intéressent particulièrement ?

J’adore Iñárritu, notamment « Beautiful » avec Javier Bardem, « Amores Perros » ou encore « The Revenant » avec Di Caprio. J’aime beaucoup aussi Mathieu Kassovitz, Zack Snyder, Guillermo del Toro. Je suis assez cinéphile, tout comme ma mère qui adore par exemple Truffaut ou le cinéma italien.

Quels sont tes projets pour la suite ? Si tu avais un budget et un accès illimités, avec quel rappeur français ou américain aimerais-tu collaborer ?

Même si c’est évidemment dans mes projets, je pense attendre encore un peu avant de passer le cap du premier album qui sera pour moi une étape importante. Une autre mixtape, ça me semble un peu long mais il y aura certainement encore un EP avant le premier album. Je pense aussi m’essayer à la prod tôt ou tard.

Une collaboration rêvée, aux Etats-Unis ça serait sans hésiter Kendrick Lamar que je considère comme le meilleur rappeur de tous les temps. En France, je dirais Espiiem même si j’arrive un peu tard ou l’Etrange.

 

 

Merci beaucoup Tengo d’avoir pris le temps de nous répondre, on te souhaite le meilleur pour la suite !

 

Le Scribe

Interview réalisée par Hugo Benezra (a.k.a. Le Scribe)
Chroniqueur sur Epidemix
Fondateur et auteur chez Grapes of Rap, le blog spécialisé sur le rap français et américain qui se donne pour objectifs d’en décrypter les tendances et d’en cartographier les univers. Parce que les rappeurs sont eux aussi, à leur manière, des raisins de la colère.