LE RAP SEXISTE ?

 

Avec ses clips sexys aux danseuses dénudées et ses punchlines sexuelles, le rap n’inspire pas toujours le respect des femmes : que ce soit Champs Élysées de SCH, Tchoin de Kaaris ou encore Superman de Enimem, difficile de nier le sexisme. La femme y est utilisée comme faire valoir, elle est une des manifestations de la réussite de l’artiste au même titre que l’argent et la célébrité.

 

De part son origine populaire, l’ascension sociale est un des thèmes principaux du rap. La femme est une des manifestations de cette réussite : une idée déshumanisante et dégradante qui provient non pas du rap mais de la société capitaliste. De la même façon, la publicité se sert de femmes comme faire valoir pour vendre n’importe quel produit.

 

Les représentations sont évidemment plus riches mais on peut en isoler trois très récurrentes : l’image de la putain, une belle femme à la fois désirée et blâmée ; l’épouse, souvent dans l’attente et avec qui on entretient une dualité et la mère, qui est absolument adorée et célébrée (Mama de Sniper, Il le fallait de Moha La Squale…). Ces trois représentations sont par exemple très bien illustrées et à la suite dans William de Damso.

 

Mais ces images sont relativement anciennes et encore aujourd’hui la société entretient un rapport conflictuel avec la liberté sexuelle des femmes. L’image de l’épouse correspond à celle du mariage traditionnel et l’adoration de la mère est le fruit d’une société nataliste qui prétend que la femme ne peut s’épanouir que dans la maternité. À nouveau, le rap n’a rien inventé mais véhicule les même représentations que celles présentes dans la société depuis des siècles.

 

En plus du sexisme, le rap est souvent accusé d’être « vulgaire », en opposition à la culture avec un grand C. Pourtant, dans la poésie, les femmes ne sont pas mieux traitées : elles sont contemplées pour leur beauté, comparées à la nature, elles n’ont pas d’individualité. Ce sont des ornements, au même titre que les danseuses dénudées de certains clips.

 

Dans la variété française, on se garde bien de rappeler les paroles sexistes de monuments comme Gainsbourg (Sois belle et Tais toi), Brassens (Le Pornographe), ou encore certaines interviews de Brel. Le sexisme dans la musique est loin d’être exclusif aux classes populaires : à la différence, les classes supérieures adaptent davantage leur discours en fonction des codes sociaux. Le sexisme y est donc plus insidieux mais pas moins présent.

 

Autre cas de figure : l’intérêt commercial. Le sexisme vient rarement seul et s’accompagne souvent d’autres codes commerciaux, comme la provocation, la drogue, sur des beats entraînants et avec des paroles répétitives. Les artistes reproduisent voire simulent les codes du divertissement parce que ça vend, de même que pour la pop. On peut critiquer cette démarche mais dans ce cas c’est un autre débat qui dépasse largement la question du sexisme.

 

En bref, le rap reprend les codes connus du capitalisme, de son époque et du divertissement, qui sont empreints de sexisme. Il est aussi important de rappeler la pluralité du rap et la difficulté à délimiter ce genre, qui inclut en effet des rappeurs comme Rohff, Bobba et Alkapote mais aussi Lucio Bukowski, Hugo TSR, Stupeflip, ou Alaclair Ensemble. On ne peut donc résumer le rap à des propos misogynes et inversement. D’autant que des femmes rappent également : Fanny Polly, Keny Arkana, Casey, La Gale, Billie Brelok, BauBô ou Starline.

Évidemment il faut dénoncer ces attitudes mais reprocher au rap d’être sexiste cache souvent du mépris voire du racisme envers les populations qui en créent. Car les discriminations et stéréotypes envers les femmes sont présents dans l’ensemble de la société, avant-même le rap. C’est donc bien cette vision qu’il faut combattre avant d’accuser le rap de la répandre.

 

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