EN LIVE DE LA BOUTIQUE
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Lieu : New Morning
Date : 12/05/17

Interviewé : Youssef Swatt’s
Journaliste: Christophe

Il s’agit de ma 3ieme interview officielle pour la Scred Co, le célèbre collectif indépendant originaire de Barbès. Je suis missionné cette fois par Mokless, dès la fin de ma rencontre avec Olivier N’Guessan pour recueillir les propos d’un tout jeune rappeur de 19 ans, venu tout droit de Belgique Youssef Swatt’s, son album Vers l’infini et au-delà sort aujourd’hui dans les bacs. Le emcee de Tournai vient spécialement pour faire la 1er partie d’un autre lyriciste bruxellois Scylla qui vient lui-même accompagné de Billal. La scène Belge est donc à l’honneur ce soir au New Morning, mais c’est aussi la période qui veut ça, tant le rap foisonne et bourgeonne de plus en plus au royaume de Philippe où les cadres structurels permettant la diffusion à grande échelle de la culture hip-hop semblent en peine à s’ajuster à la demande. Un manque à gagner qui a pour effet de provoquer un appel d’air plutôt frais en général jusqu’à nous en France. Rap français, rap belge, rap québécois, rap kanak, rap francophone, peu importe la désignation tant qu’il s’agit d’un rap sincère. Et la sincérité est bien là aujourd’hui, jeune mais déjà très mature dans sa plume et arrive avec 30mn de retard sur le rendez-vous fixé dû au trafic exécrable.

 

Retranscription

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C : Salut Youssef pourrais-tu expliquer d’où t’es venu ton blaze Youssef Swatt’s?

Y : Mon blaze à la base c’était juste Swatt’s, c’est un truc qu’on avait choisi sur un coup de tête avec des potes pour pouvoir poster notre première vidéo en ligne. De fil en aiguille ça m’a suivi, et j’ai voulu rajouter mon prénom comme Swatt’s c’était un peu impersonnel. Il n’y a pas vraiment de symbolique derrière, c’est juste histoire qu’on me reconnaisse, pour bien spécifier la chose.

C : On est à quelques heures à peine de ton concert au New Morning, ce soir tu fais la 1ere partie de Scylla, un peu un grand frère Belge, comment tu te sens ?

Y : Je me sens exactement comme il y a quelques mois, quand on a fait l’ouverture du Scred Festival, donc un honneur d’être invité là, de faire l’ouverture aussi. Et puis ouais voilà, comme toutes les scènes on a un peu le trac c’est sur, mais on sait que ça va être que du kiff, si c’est encore rempli ce soir, c’est aussi grâce à Scylla qui a fait le taf, donc je suis super content.

C : Tu as anticipé ma prochaine question, justement tu as fait l’Opening de la seconde édition du Scred Festival, comment on vit ça ?

Y : Franchement c’était un truc de ouf, je viens pas souvent à Paris, maintenant ces derniers temps si un peu, mais je n’y ai pas fait énormément de concerts. Le Scred Festival ça faisait vivre un truc particulier, tu sens l’ambiance, ça pue le hip-hop! Partout il y a des filles, des jeunes, des vieux, des lascars, des mecs qui viennent des beaux quartiers, tu as tout le monde, le vrai hip-hop dans toute sa splendeur et ça fait super plaisir!

C : Tu écris dans quelle ambiance, tu as besoin de quoi Youseff?

Y : J’ai besoin de spontanéité, j’ai besoin de laisser les choses se faire. J’écris rarement, je n’écris pas beaucoup, je ne le fais que quand quelque chose me vient. Si l’inspi est là, j’écris pendant longtemps sinon, je ne force pas.

C : Aujourd’hui on voit pas mal de rappeurs de plus en plus jeunes apparaitre sur la scène artistique, mais on voit également quelques groupes qui continuent de sortir des projets, parfois 20 ans après leur constitution, ça t’inspire quoi ?

Y : On se rend compte que c’est vraiment intergénérationnel dans le sens où tu vois les jeunes rapper avec les vieux. T’as vu quelqu’un de la génération de Scylla qui m’invite sur scène, ça prouve déjà qu’il y a quand même une unité. Des gars comme la Scred Connexion qui soutiennent le projet, ça montre que même les Tontons du rap suivent ce qu’il se passe (en Scred). Mais en vrai le hip-hop ça a toujours été ça, t’arrives tu kicks, tu fais ton truc on ne regarde pas ton âge, on regarde que la vibe, tout est une question de feeling et ça ça déchire!

C : Tu as tout misé sur le rap, c’est ton plan de carrière ?

Y : Non c’est juste un plan kiff, un plan passion. J’en attends rien professionnellement après si ça vient c’est bien. Je suis toujours dans mes études, et pas par dépit, mais parce que j’aime ça, dans tous les cas c’est parce qu’on kiffe et le rap ça fait partie du kiff.

C : J’ai vu que t’avais paraphrasé Hugo dans ton track la tête dans les nuages Comme dirait Hugo le pire fardeau, c’est d’exister sans vivre extrait des Châtiments un recueil de poésie sorti en 1853, ce sont des références qui te parlent encore aujourd’hui?

Y : Ouais ça me parle évidemment, la poésie à l’ancienne est un héritage indéniable. Quelqu’un comme Prévert c’est un héritage pour le rap, c’est le premier à avoir osé dire les choses avec les mots de la rue quant à l’époque on voulait que des rimes, des vers bien travaillés, en bref les mots de la bourgeoisie. C’est clairement relatif au hip-pop, toute cette phrase d’Hugo résume bien des choses qui peuvent parler à tout le monde, mais sur ce son là, c’était vraiment le texte avant la musicalité. C’est pour ça qu’on a utilisé les sonorités de la guitare et un simple kit de batterie pour l’instru.

C : Tu te vois comme un héritier de ces artistes qui décrivaient la vie de leur époque, aujourd’hui on a les rappeurs qui perpétuent cette tradition ?

Y : Bien sûr, on l’est tous mais c’est toujours comme cela que ça fonctionne, je pense que tous les rappeurs ont un héritage et nous notre génération, on a hérité des choses de la génération précédente. Il y a des motivations, des valeurs, des choses qu’on va retrouver dans un disque de Fabe comme dans un disque de Scylla, il y a toujours des choses intemporelles qui durent avec le temps qu’on le veuille ou non.

C : Pour ceux qui te suivent depuis tes débuts, à quand un projet avec la Trilogique ?

Y : Ça c’est une bonne question, qui est sur le feu. On est en train de taffer dessus, on va bientôt se faire une petite résidence en Espagne et ça va le faire!

C : Pas à Paris ?

Y : Ça va être dur de prendre l’air à Paris, s’il y avait du soleil je viendrais directement (rires). Franchement j’adore Paris et après avoir passé 1h40 dans les embouteillages à la fin, je pense que ça doit monter à la tête tu vois, j’ai besoin de prendre l’air quand même.

C : Tu viens d’où en Belgique ?

Y : Je viens de Tournai, non franchement ça va, c’est une petite ville entre la campagne et la ville, je suis plutôt tranquille.

C : Tu as de nouveaux projets de prévus?

Y : Ouais j’ai plein de trucs en stock, mais en même temps quand je me rends compte du temps que ça prend par expérience déjà avec le premier projet qui arrive, je sais que je ne m’avance sur rien. Comme je t’ai dit tout à l’heure je laisse les choses se faire, après j’ai plein d’idées dans la tête, de projets etcétéra mais je compte enchaîner assez vite bien sûr.

C : Quand est-ce que le P’tit Youssef deviendra grand ?

Y : (Rire) Ah la la la, jamais j’espère jamais! Vieillir c’est obligatoire, mais grandir est un choix comme disait Youssoupha dans un son, donc vieillir je le concède mais grandir, on restera toujours des éternels gamins c’est sûr…

C : Tu pourrais expliquer cette phase de La tête dans les nuage L’amour de la musique a vraiment endurci mon cœur ce n’est pas paradoxal dans le sens ou il y a une forme d’ouverture dans la musique, et que finalement elle a participé à endurcir ton cœur?

Y : Ce n’est pas endurcir mon cœur dans le sens d’avoir un cœur de pierre mais plutôt dans le sens de m’être forgé une certaine personnalité, une certaine culture, une éducation. Parce que tu vois moi le rap il ne m’a pas servi à m’enjailler ou à danser , il m’a appris à apprendre des choses c’est une éducation c’est exactement ça. L’amour de la musique déjà en tant qu’auditeur, puis justement en tant que rappeur c’est ce qui m’a forgé, après j’avoue que le mot était peut-être pas 100 % adéquat c’est vrai qu’on peut confondre avec le fait de justement se refermer sur soi-même alors que c’est tout le contraire. C’est vraiment un endurcissement de personnalité, une manière de se forger, et c’est comme ça que je voulais l’exprimer.

C : Dans quelle contexte as-tu commencé à prendre le mic ?

scred-itw-youssef-swatt1-cebosY : J’ai commencé à écrire parce que je voulais raconter des petites histoires. Je voulais être écrivain à la base et puis comme j’écrivais et qu’un de mes potes écrivait sur du rap et que c’était mon meilleur pote, il m’a mis dans le truc. Mais j’ai toujours été fan depuis tout petit, je me suis dit à fond je vais devenir rappeur, vas-y on le fait! C’est vrai qu’à la base on s’attendait à rien de sérieux. Mais pour moi ça n’a jamais été un délire, ça a toujours été une passion pure, ferme je voulais m’exercer là-dedans faire des choses…

C : Tu voulais apporter quelque chose qui manquait à ce rap ?

Y : Non même pas, je ne pensais pas à apporter quelque chose qu’il n’y avait pas ou quoi que ce soit, c’est juste la spontanéité des choses.

C : Tu pourrais citer un son, un livre, et un film à recommander à nos Scred Auditeurs ?

Y : Il y a La logique d’une contradiction de Scylla, pour un livre ça serait L’Alchimiste de Paulo Coelho, et Les Nombreux Sauvages pour le film.

Merci à Youssef et Mokless

Crédit photo : Cebos

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