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« Le Hip hop est né d’un creux social »

Pour ses dix ans le festival « Paris Hip Hop » a pris un hôte de choix: Sidney. Avec son émission télé « H.I.P H.O.P », il a été l’un des importateurs en France de ce phénomène de société métissant et porteur des aspirations de toute une jeunesse.

Aujourd’hui Sidney a soixante ans et ne les fait pas! Son élixir de jouvence s’appelle hip hop. L’animateur, avec sa casquette et sa voix tonitruante, est resté gravé dans la mémoire de plusieurs générations d’aficionados. Pourtant c’était… en 1984, francisé en « Achipé achopé », est devenu le mot d’ordre de toute une jeunesse, toutes origines et classes sociales confondues, fascinée par un mouvement culturel révolutionnaire. Au point que, pour ses dix ans, le festival « Paris Hip Hop » a choisi Sidney comme parrain: « Ils voulaient quelqu’un qui ait contribué à amener cette culture en France » explique Sidney «J’ai accepté avec plaisir. » L’occasion aussi pour ce pionnier de constater la vivacité du mouvement: « C’est mort dans les médias comme Skyrock qui diffusent une musique qui est tout sauf du rap! Mais quand, comme cette semaine, j’assiste au concert de la Cliqua, avec Kohndo, Rocca, Daddy Lord et la Scred Connexion je me dis que c’est toujours « alive ». En première partie, DJ Fabdonnait presque un cours pour expliquer d’où vient tel sample. Heureusement qu’il reste de vrais activistes qui donnent leurs lettres de noblesse à cette culture.»

« J’ai vu des gars tourner sur le dos! »

Comme monsieur Jourdain, qui faisait de la prose sans le savoir, Sidney est tombé à pieds-joints dans le hip hop en 1982, avec l’émission « Rapper dapper snapper » sur l’ex Radio 7: « La directrice des programmes Marie-France Brière m’a laissé donner libre cours à mes élucubrations. Je présentais les nouveaux styles comme l’electro. La troupe de breakdance des« Rocksteady crew » est venue faire une tournée en France. Je suis tombé dedans tout de suite! Quand j’ai vu Mr Freeze et Pop Master Fabel danser je leur ai demandé comment ils faisaient ça. Les gars tournaient sur le dos! Ils sont venus à la radio avec Afrika Bambataa qui m’a dit: « Tu passes de la musique sans savoir que cette culture s’appelle le hip hop! » En France, avec d’autres, comme Lionel D et Dee Nasty sur Radio Nova, il devient l’un des fers de lance de cette culture: « Il y avait un vrai creux social pour la jeunesse des années 80. C’était enfin une culture dans laquelle elle pouvait se retrouver, s’identifier et même, pourquoi pas, accéder à une notoriété. Avec une façon de danser différente de tout ce qui se passait. Au lieu de chanter on parlait sur la musique. Ça permettait d’exprimer des choses. Le graff, la tenue vestimentaire, la façon de se comporter, de marcher. Quelqu’un perçu comme un « rien du tout » sortant de sa banlieue pouvait y acquérir du respect. Tout était tellement nouveau qu’on s’était dit: « Ça peut s’arrêter demain.»

« Le hip hop est trop pur pour les dirigeants de chaîne! »

Contre toute attente, deux ans plus tard, Sidney passe de la radio à la télé sur TF1. Une aventure qui ne dure qu’un an. Suffisamment pour marquer les esprits, avec les passages de stars commeAfrika Bambataa, Kurtis Blow, Sugar Hill Ganet même…Madonna. On y voit aussi les prémisses de rappeurs français comme Joey Starr ou Stomy Bugsy.Le buzz est tel qu’un certain James Brown vient le voir: « Il avait entendu dire qu’un noir avait amené le hip hop à la télévision française. Ça a été un moment fort. Comme de rencontrer Stevie Wonder qui a joué avec mon groupe funk: « Black white and co » au début des années 80. » Verrait-on ce genre de programme en 2015? Pas sûr! « C’est le grand vide médiatique. » dénonce Sidney « Il y a une telle pureté, une telle énergie de cette culture que les dirigeants de chaîne ont du mal à accepter qu’il y ait une émission à part entière sur le hip hop. Ce n’est pas pour autant totalement « underground ».

Éternel touche à tout

Sa légitimité dans ce mouvement pluridisciplinaire Sidney la tire aussi de ses multiples casquettes: « Mon père disait: «Il faut être un artiste. Savoir chanter, danser, jouer de la musique. Ce que j’ai fait. Être DJ le week-end me permettait de gagner un peu de sous. Je me disais que si un jour une discipline ne marchait plus je devais savoir faire autre chose.» Sidney continue à animer des « battle » de breakdance, comme récemment à Toulouse. Il compte aussi revenir à ses premières amours pour le funk: « Dans les mois qui viennent je vais mettre en ligne un « teaser » pour voir comment c’est perçu. Si ça rencontre un public je prendrais « ma valoche et ma guitare » et partirais sur la route jusqu’à la fin de mes jours! Sans lâcher la culture hip hop. Tant qu’on m’appelle je serais toujours là! »

par julien legros (respect mag)
respect mag : http://www.respectmag.com/magazine