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Le rap indé…

Toute la question du rap indé est celle de la tension pour exprimer une authenticité (originelle du hip hop, le « rap conscient »), qui nécessite une indépendance par rapport au circuit formaté commercial (dans lequel la légèreté du propos va évidemment permettre une plus large et rapide diffusion, une meilleure « rentabilité »). Mais écouter du rap indé/conscient est comme qui dirait… un plaisir cuisant, un miroir qui renvoie une image brûlante, qui troue le ron-ron consensuel, le rapport qualité/prix soporifiquement correct.

En fait, la 1ère question, c’est pas tellement : c’est quoi le rap indé, mais plus : c’est quoi le rap ?… et après : c’est quoi le rap qui ne serait plus indépendant, sorti de « l’underground »… Ça rejoint : le rap qu’on dit « conscient » (par ex. la Scred Connexion, ou le rap du 18e ardt de Paris plus largement, ou d’ailleurs), et le rap « sans conscience »…

Le rap sans conscience (s’il existe, que les détracteurs peuvent s’amuser à appeler « décérébré »), peut plus facilement se faire bouffer par le showbiz et donc dénaturer.

En fait, ce qui compte dans le rap, c’est le public, mais peut-être plus que pour n’importe quelle autre musique. Déjà parce que les rappeurs sont d’abord le public lui-même… y a un lien intime.

Le rap indé, expression du dynamisme de la jeunesse, de celle qu’on voudrait plutôt muette, atone, sans conscience d’elle-même et de sa place dans la société…, ou vouée à ne pas se poser (trop) de questions, ou interrogeant l’ascenseur social et ses pannes, alors qu’on peut très bien aujourd’hui être tombé dans le rap enfant et avoir passé son master. Mais ça, cette expression de dynamisme, est-ce que c’est spécifique au rap « indé », ou au rap « tout court » ?

Le public du rap : est-ce que le rap indé a un public plus « spécifique » ? Est-ce un hasard si il y a un gros bataillon de rap indé dans le 18e ? Quels sont les autres gros bataillons (ou moins gros) du rap indé sur le territoire ?

Est-ce qu’il y a une « géographie » du rap indé ? Une géographie humaine, celle où la crise de société se fait le plus sentir, sans doute (les « zones sensibles » toujours plus ou moins au bord de l’explosion, avant d’être « boboïsées » comme la Goutte d’Or pour réduire les risques… voir chanson N’oublie pas, album Scred « Ni vu ni connu », 2009).

Rap conscient : quelle est la part du festif et du texte dans le rap ? Comment l’alchimie des deux opère-t-elle ? Une chanson de Koma aborde ça (Avec S’Qu’on Vit, album « Le Réveil », 1999), et Mokless (Mission « brûler ta cassette », album « Du mal à s’confier », 2001).

Parmi les thèmes du rap qui peuvent faire tension et divergence dans la communauté hip-hop, la Scred Connexion, comme d’autres rappeurs, aborde la question du rapport à l’argent – mais comme d’habitude, avec un lest de conscience, voir par ex. On Pense Tous Monnaie Monnaie, album « Du mal à s’confier… », 2001.

Comment se porte l’économie et la « viabilité » du rap indé… Les structures de production sont-elles « des petites entreprises qui ne connaissent pas la crise » ? Malgré la réduction de l’espace « Rap français » des grandes enseignes de distribution de produits culturels… Tension avec le rap business : comment mettre en oeuvre une dynamique économique sans céder sur son propos et maintenir l’implication dans la société ? C’est là aussi la revendication d’authenticité du rap originel… Indomptés, indomptables… C’est intéressant de voir comment la Scred développe une stratégie « business indé » sans avoir à quitter l’implication dans son quartier… qui est sa respiration même.

Sur la genèse du rap indé/conscient, et de la Scred en particulier, on lira avec intérêt l’interview de Koma aux Inrocks de 2014 : Koma (Scred connexion) : “J’ai vu grandir la nouvelle génération de rappeurs” .

De même l’interview de Mokless de 2015 sur lerapenfrance.fr : Mokless: « Le rap, c’est l’histoire de l’alliance entre les paroles revendicatrices et les sonorités » .

À lire également le bouquin de Bettina Ghio (prof de lettres françaises d’origine argentine) qui s’est intéressée au rap français et a écrit une thèse sur ses liens avec la littérature dont le livre est la publication : Sans fautes de frappe, Rap et littérature, Ed. Le Mot et le Reste (2016) (avec en couverture Mokless en atelier d’écriture dans le Quartier Nord de Nantes).

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