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Salut Jarod ! On te rencontre aujourd’hui à l’occasion de ta présence au Scred Festival 3 afin d’évoquer ton parcours et la sortie de ton dernier projet digital Attitude disponible sur toutes les plateformes depuis le 13 Octobre 2017. Quel bilan tires-tu de ce projet ?

Attitude, c’était un projet qui ne devait pas sortir à la base. Mais comme je n’avais plus vraiment d’actu depuis Caméléon, on a décidé de le sortir quand même sous forme de mixtape : il y a un peu de tout, ce sont pour l’essentiel des titres qui dormaient en studio depuis un ou deux ans, voire même plus. D’autres ont été enregistrés sur le tas et certains morceaux ne sont pas mixés. On a aussi fait quelques clips et le délire Attitude a bien marché sur Youtube. C’était cool pour faire patienter les gens mais ça reste une mixtape et là je prépare un prochain projet qui devrait normalement sortir au printemps si tout va bien.

 

 

Tu es un rappeur à l’aise partout comme on avait pu le constater sur Caméléon qui était marqué par une grande diversité dans les instrus. On sait que tu as toujours à cœur de surprendre ton public et d’être là où on ne t’attend pas forcément. Quelle couleur musicale as-tu voulu donner à ce projet ?

 Attitude étant une mixtape, je ne l’ai pas travaillée comme un album. L’intérêt d’un tel projet pour moi, c’est justement de pouvoir me permettre une certaine hétérogénéité sans avoir à me soucier de la question de la cohérence. Sur Caméléon, je rappais sur tous types de prods. En comparaison, je dirais qu’Attitude reste assez hip-hop et sur le prochain, on va encore élargir et essayer de partir plus loin. J’ai envie d’explorer des sonorités dancehall, electro, des trucs plus pop-rock, de toucher un peu à tout.

Je fais de la musique sans limites, sans frontières, pour les gens qui sont plutôt ouverts musicalement. Tout le monde ne peut pas adhérer à tous mes sons mais j’essaie au moins d’avoir un spectre assez large pour intéresser des profils différents. C’est exactement ce que j’ai essayé de faire sur Caméléon. Je voulais sortir un projet qui réunisse différentes couleurs musicales et sur lequel chacun puisse trouver un son qui lui plaise selon son humeur et le moment où il l’écoute. Le message derrière ce titre, c’est précisément qu’il faut s’affranchir des cases et de faire ce qu’on aime au-delà des étiquettes.

Y a-t-il un style particulier dans lequel tu préfères t’illustrer aujourd’hui ?

La trap, c’est vraiment là où je me sens le plus à l’aise. Après, j’aime aussi beaucoup les sonorités caribéennes, dancehall, ragga… Mais le boom-bap et la trap, je maîtrise depuis plus longtemps donc c’est là où j’ai le plus de facilités.

 

 

En 2015, à l’occasion de la promo de Caméléon, tu avais dit être un artiste en développement. Considères-tu que c’est encore le cas aujourd’hui ?

Il s’est passé beaucoup de choses depuis Caméléon, on a « grossi », on a beaucoup plus de followers, je fais beaucoup plus de dates. Ceci dit, je me considère toujours comme un artiste en développement. Tout le monde est encore loin de me connaître (rires), je suis surtout suivi par des gens qui s’intéressent aux musiques urbaines en général et au rap en particulier. J’ai réussi à franchir quelques frontières grâce à la diversité musicale de Caméléon et je suis très content de ce qu’il se passe en ce moment mais il y a encore beaucoup à faire. C’est déjà un honneur d’avoir été invité au Scred Festival, ça déchire !

Tu considères que le freestyle est l’essence même du rap et en tant que grand défenseur du freestyle, tu avais même lancé le concept du Freestyle Tour lors de tes concerts. Pourtant, c’est un peu tombé en désuétude en France et aujourd’hui, les emcees sont de plus en plus frileux par rapport à cet exercice qu’ils perçoivent souvent comme une prise de risque inutile. Comment expliques-tu cette évolution ? Que penses-tu d’une initiative comme celle de Fianso avec « Rentre dans le cercle » ?

Je suis d’une génération qui a vraiment connu le freestyle. Je suis toujours nostalgique de cette époque parce que ça représente ma jeunesse, des bons moments de partage. Il n’y avait ni Youtube ni rien pour se faire remarquer, on croisait des rappeurs dans la rue et ça partait en mode « Poto, tu rappes ? Vas-y viens ! ». On rappait comme ça durant parfois 3 ou 4 heures. On a grandi avec ça parce que c’était notre seul moyen de nous exprimer, de nous faire entendre. Aujourd’hui, un jeune qui veut rapper, il n’a qu’à prendre une caméra, enregistrer avec les nouveaux logiciels ou poser sur un type beat et poster ça sur Youtube. Ils ont les moyens de produire de la musique et de s’exposer beaucoup plus facilement qu’à notre époque et donc ils n’ont pas forcément cette culture du freestyle que nous on se devait d’avoir. Aujourd’hui, ce n’est plus un passage obligé tandis que ceux de ma génération n’avaient pas le choix pour se faire connaître. Heureusement que ça perdure à travers des initiatives comme « Rentre dans le cercle ». C’est de la bombe et on voit bien qu’il y a quand même encore beaucoup de mecs qui freestylent dur.

 

 

Si tu devais constituer un top 3 FR et un top 3 US de freestylers, qui y figurerait ?

 En US, j’ai été flingué par Young Hot, un mec de Philadelphie qui a sorti toute une série de freestyles en 2006. Depuis, on ne l’a plus jamais revu, je ne sais pas ce qu’il est devenu mais pour moi c’est l’école du freestyle, un véritable tueur à gages. Il faut absolument que tu ailles voir ça. Sinon il y a bien évidemment Kendrick, qui est tout simplement un génie. Et puis on a grandi avec Gang Starr, Onyx, Wu-Tang… Ils ont tout ce qu’il faut là-bas, t’inquiètes pas pour eux (rires) !

En France, je vais placer un Big Up à Mysa, un emcee incroyable que j’ai rencontré lors du Freestyle Tour, ainsi qu’à Chris Karjack, un emcee de Marseille qui a son public mais qui reste encore confidentiel et qui est l’un des plus gros tueurs que j’aie croisé.

Pour revenir à des noms plus connus, Hayce Lemsi est très impressionnant aussi mais je pourrais te citer tout un tas de mecs vraiment très forts. Tengo John qui était là ce soir, c’est lourd aussi. Quand c’est la Scred qui sélectionne, on sait que ça va de toute façon être bon !

Tu as encore des contacts avec les mecs de Wati B ? Quel regard portes-tu sur leur évolution ?

Je côtoie encore beaucoup de mecs de Wati B et je continue de collaborer avec certains d’entre eux. Le rap va bien, il y en a un peu plus pour tout le monde qu’auparavant. C’est plus ouvert, moins complexé. Quand j’ai commencé il y a plus de 10 ans, tu ne pouvais pas arriver avec un truc trop chill, trop posé. Il fallait que ça kick dur pour que ce soit intéressant. Aujourd’hui, beaucoup de portes ont été enfoncées, le rap se porte très bien en France et il y en a pour tous les goûts. Un mec comme MHD qui fait de l’afrotrap, ça ne pose de problème à personne et il fait même le tour du monde. On peut rapper sur n’importe quel type de sonorités et c’est ça qui fait que le rap est aussi vivant.

Ça fait plus de dix ans que tu es dans le rap, c’est quelque chose que tu te vois faire indéfiniment ?

Je ne me pose pas la question. Aujourd’hui, il n’y a plus d’âge pour rapper et je crois vraiment qu’on peut bien vieillir dans le rap : on a Jay-Z, on a Booba donc tout va bien, on peut rapper vieux. A titre personnel, tant que je suis là, tant que j’ai des choses à dire et tant que je me sens chaud, j’envoie la purée et je ne me pose pas de questions.

Comme tu me le disais, cet album digital annonce un troisième album ?

Tout à fait. Je prépare un album de 15 ou 16 titres qui sortira au printemps et qui sera aussi distribué dans les bacs. On n’a pas encore de date précise, je suis en train de le peaufiner mais ça arrive très bientôt !

 

 

Merci beaucoup Jarod d’avoir pris le temps de nous répondre ! On ne manquera pas de guetter la sortie de ton prochain opus prévue au printemps et on te souhaite le meilleur pour la suite !

 

Le Scribe

Interview réalisée par Hugo Benezra (a.k.a. Le Scribe)
Chroniqueur sur Epidemix
Fondateur et auteur chez Grapes of Rap, le blog spécialisé sur le rap français et américain qui se donne pour objectifs d’en décrypter les tendances et d’en cartographier les univers. Parce que les rappeurs sont eux aussi, à leur manière, des raisins de la colère.